S ’ abstenir de faire du mal : Répondre à la crise liée aux médicaments d ’ ordonnance au Canada

Ottawa, 27 mars 2013 — Le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies (CCLT), en partenariat avec le Conseil consultatif national (CCN) sur l’abus de médicaments sur ordonnance, a lancé aujourd’hui une stratégie pancanadienne décennale et exhaustive, S’abstenir de faire du mal : Répondre à la crise liée aux médicaments d’ordonnance au Canada. La stratégie aborde les mesures à prendre, dans les secteurs de la prévention, de l’éducation, du traitement, de la surveillance et du suivi, et de l’application de la loi, pour remédier aux méfaits dévastateurs associés aux médicaments d’ordonnance au Canada. L’usage de médicaments d’ordonnance nous concerne tous et affecte la vie de tous les Canadiens.

« Des méfaits comme la dépendance, la surdose et la mort associés à certains médicaments d’ordonnance, p. ex. les opioïdes, les sédatifs et tranquillisants et les stimulants, sont une importante préoccupation de santé et de sécurité publiques au Canada, préoccupation qui a atteint un point critique », a affirmé Michel Perron, premier dirigeant du CCLT et coprésident du CCN.

On note une hausse du nombre de décès liés aux opioïdes, de visites à l’urgence et de la demande pour des services de traitement. Le Canada est maintenant le deuxième consommateur mondial par personne d’opioïdes sur ordonnance, derrière les États-Unis (Organe international de contrôle des stupéfiants, 2013). Le taux de consommation des Canadiens a augmenté de 203 % entre 2000 et 2010, ce qui représente une hausse plus marquée que celle des États-Unis (Organe international de contrôle des stupéfiants).

Lorsqu’ils sont utilisés sur ordonnance, les opioïdes, les sédatifs, les tranquillisants et les stimulants procurent des bienfaits thérapeutiques aux personnes souffrant de douleur ou atteintes de certaines maladies. Le CCN s’efforce de faire du Canada un pays qui permet de bénéficier des avantages des médicaments d’ordonnance, tout en réduisant au minimum les méfaits qui y sont associés.

Dans de nombreux cas de dépendance, la consommation a débuté dans le cadre d’un traitement médical. Dans d’autres cas, la consommation se fait uniquement à des fins non médicales. Les répercussions humaines de la dépendance, du sevrage, de la surdose et de la mort sont désastreuses. Ce sont les personnes, les familles, les communautés, ainsi que les soins de santé, les services sociaux, la santé publique et la société en général qui subissent les méfaits, p. ex. les accidents de la route, les surdoses accidentelles et les suicides, de cette consommation.

« Le gouvernement du Canada reconnaît que l’abus de médicaments d’ordonnance est une grave préoccupation de santé et de sécurité aux effets dévastateurs pour les personnes, les familles et les collectivités canadiennes, a déclaré l’honorable Leona Aglukkaq, ministre de la Santé. Le rapport l’indique clairement : l’abus de médicaments d’ordonnance est un enjeu que se doivent de relever les gouvernements, les associations professionnelles et les autres intervenants. Notre gouvernement s’engage à faire sa part et passera en revue les recommandations présentées par le CCLT. »

Il n’existe pour l’instant aucune donnée sur les coûts liés à l’abus de médicaments d’ordonnance ainsi qu’aux méfaits s’y rattachant au Canada. Selon des recherches récentes menées aux États-Unis, on estime que les coûts annuels liés à la prise d’opioïdes sur ordonnance à des fins non médicales s’élèvent à plus de 50 milliards de dollars; 94 % de ce montant est attribuable à la perte de productivité et à la criminalité (Hansen et coll., 2011). Pour faire face au problème, il faudra chiffrer le coût direct et indirect de l’abus de médicaments d’ordonnance, dans le système de santé canadien aussi bien que dans la collectivité.

La stratégie nationale S’abstenir de faire du mal : Répondre à la crise liée aux médicaments d’ordonnance au Canada porte sur les médicaments d’ordonnance qui bénéficient d’un statut légal et ont des usages thérapeutiques reconnus, mais qui présentent aussi un risque élevé de méfaits. Créée par le CCLT, en collaboration avec le CCN, cette initiative nationale a fait appel à des experts spécialisés dans certains aspects des médicaments d’ordonnance, dont des professionnels de la santé (médecins, pharmaciens, infirmières, dentistes et coroners), des patients et des familles, des représentants des Premières Nations, des responsables de l’application de la loi, des autorités de réglementation, des dirigeants de l’industrie et des chercheurs. La Stratégie vise surtout les Premières Nations et les communautés rurales et isolées et met en évidence leurs besoins particuliers.

Recommandations de la Stratégie

Les recommandations s’articulent autour de cinq volets d’action, soit prévention, éducation, traitement, surveillance et suivi, et application de la loi. Par ailleurs, trois autres éléments transcendent l’ensemble des volets et revêtent une grande importance dans le cadre de la stratégie : les lois et règlements, la recherche ainsi que l’évaluation et la mesure du rendement*. Les recommandations visent à :

  • Prévenir les méfaits associés aux médicaments d’ordonnance pour les personnes, les familles et les communautés;
  • Éduquer et habiliter le public ainsi que promouvoir des communautés saines et sécuritaires;
  • Promouvoir les bonnes pratiques en matière de prescription et de distribution de médicaments par les professionnels de la santé;
  • Favoriser un accès rapide et équitable à divers traitements efficaces s’inscrivant dans le continuum de traitement de la douleur et de la toxicomanie;
  • Déterminer les politiques et les pratiques qui sont efficaces et fondées sur des données probantes et en tirer parti;
  • Mettre sur pied un système de surveillance normalisé pancanadien pour améliorer notre compréhension de la nature et de l’étendue des méfaits liés aux médicaments d’ordonnance au Canada;
  • Mettre sur pied un programme de surveillance des ordonnances dans chaque province et territoire pour échanger des renseignements sur les pratiques de prescription et de distribution de médicaments entre les disciplines et les provinces et territoires de façon régulière, et prendre rapidement les mesures qui s’imposent;
  • Veiller à ce que les organismes d’application de la loi disposent des outils, de la formation et des ressources nécessaires pour gérer le problème du détournement de médicaments d’ordonnance;
  • Encourager l’industrie, les gouvernements, les organismes de réglementation et les autres intervenants à faire front commun, s’engager à donner suite à des recommandations précises, tirer profit des ressources existantes et accroître la capacité du système à lutter contre le problème;
  • Élaborer des lois et règlements ou les clarifier afin de réduire les obstacles au traitement efficace et de prévenir les méfaits;
  • Mener des recherches pour combler les lacunes en matière de connaissances et promouvoir des stratégies pour gérer cette importante question;
  • Inciter l’industrie à prendre des mesures concrètes et responsables qui favorisent la sécurité des patients, améliorent leurs résultats et atténuent les risques auxquels ils sont exposés;
  • Offrir une perspective contextuelle aux Premières Nations et aux populations rurales, isolées et éloignées.

Mesures que les Canadiens peuvent prendre dès maintenant

Que peuvent faire les Canadiens dès à présent? Tout d’abord, il faut savoir que les drogues illicites ne sont pas les seules substances potentiellement néfastes. Posez des questions aux médecins, dentistes, spécialistes et pharmaciens. En cas de douleur chronique, renseignez-vous sur les médicaments qui vous sont prescrits et voyez si d’autres thérapies ou traitements sont offerts.

Informez-vous sur les médicaments que vous prenez. Sachez que même s’ils sont légaux et vous ont été prescrits, ils pourraient vous causer de graves méfaits. Votre professionnel de la santé et vous devez mettre en balance les risques et les bienfaits et voir quels médicaments vous conviennent le mieux.

Ne donnez pas vos médicaments à d’autres. La plupart des Canadiens n’ont pas conscience des risques associés au fait de partager leurs médicaments d’ordonnance pour aider des amis ou des membres de leur famille souffrant de douleur aiguë ou chronique, ou encore d’anxiété. Beaucoup des médicaments d’ordonnance qui entraînent des méfaits en raison d’un usage inapproprié proviennent d’un proche, alors un moyen efficace de réduire l’abus et le détournement est d’entreposer et de se débarrasser adéquatement des médicaments.

« Le succès de cette stratégie repose sur son approche concertée; des intervenants en santé, en éducation et en application de la loi mettront en oeuvre les recommandations des cinq volets d’action », a affirmé Carolyn Davison, coprésidente du CCN et directrice des Services de traitement des dépendances au ministère de la Santé et du Mieux-être de la Nouvelle-Écosse. « Le travail portera notamment sur les mesures que doivent prendre les communautés pour favoriser l’entreposage sécuritaire et l’élimination des médicaments, et pour permettre à davantage de Canadiens d’avoir accès à un traitement de la dépendance aux opioïdes. »

Prochaines étapes : Quels changements remarqueront les Canadiens grâce à la Stratégie

La stratégie passe maintenant en mode mise en oeuvre et évaluation et misera sur la collaboration intersectorielle et multi-intervenants qui lui a permis de voir le jour. Le travail a déjà débuté. Le CCN s’assure que le travail fait par les intervenants concernés s’inscrive dans des activités synergiques. Par exemple, l’Association canadienne des chefs de police a tenu des « journées nationales de retour de médicaments » pour contribuer à réduire la quantité de médicaments pouvant être détournés. À l’avenir, les Canadiens constateront que les services de santé publique et les pharmacies feront davantage de sensibilisation à l’importance d’un entreposage et d’une élimination sécuritaires et évalueront ces mesures. Certaines provinces comptent déjà des programmes de surveillance des ordonnances. Le CCN se renseignera sur ces programmes et incitera d’autres provinces à s’en doter.

Le CCN continuera de diriger le travail effectué dans le cadre de la stratégie et de superviser la mise en oeuvre des recommandations. Un rapport d’étape annuel sera produit pour rendre compte des réalisations et résultats prévus; il permettra ainsi d’informer les intervenants de l’évolution du projet. Le CCLT, en collaboration avec le CCN, s’engage à collaborer avec d’éminents experts du domaine pour réaliser ce plan d’action et ainsi diminuer le nombre de Canadiens qui subissent des méfaits associés aux médicaments d’ordonnance.

« Notre but, c’est de donner le bon médicament, à la bonne personne, pour les bonnes raisons. Il s’agit d’un enjeu complexe au visage humain », a conclu la Dre Susan Ulan, coprésidente du CCN et coprésidente de la Coalition on Prescription Drug Misuse relevant du Collège des médecins et chirurgiens de l’Alberta. « Tous les Canadiens, ainsi que les intervenants et organismes qui continuent à collaborer pour réduire les méfaits associés aux médicaments d’ordonnance, pourront s’inspirer des recommandations formulées dans la stratégie lancée aujourd’hui. Ensemble, nous pourrons changer les choses en nous penchant sur les divers volets de la question, soit la recherche, l’évaluation, la prévention, l’éducation, le traitement, l’application de la loi, les règlements et les lois. »

Documents disponibles

La webémission de la conférence de presse nationale sera archivée.

Le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies

Le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies (CCLT) transforme des vies en mobilisant les gens et les connaissances afin de réduire les méfaits de l’alcool et des drogues sur la société. En partenariat avec des organismes publics et privés et des organisations non gouvernementales, il travaille à améliorer la santé et la sécurité des Canadiens.

Contact pour les médias : Suzanne Stoltz, conseillère en communication, CCLT,
tél. : 613-235-4048 poste 240, courriel : sstoltz@ccsa.ca, Twitter : #StratRxCan

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